tarab : quand la salle chante en retour
Bassel Kanaan, ingénieur du son à Amman, parle de tarab : l’enchantement d’une musique qui vous touche.
Avec Bassel Kanaan · Sonorisateur de concert, Amman
L’audio de cet épisode est en anglais; la page est traduite.
Notes de l’épisode
Le tarab, c’est l’état dans lequel la musique nous plonge quand elle nous touche vraiment : de la joie, mais plus profonde. Bassel Kanaan mixe des concerts à Amman et nous parle des gens qui font vivre cette expérience : le mutrib sur scène et la sammi’a dans la salle, qui perçoivent le tournant d’une mélodie une seconde à l’avance et s’exclament avant qu’il ne survienne.
Dans cet épisode
- Le chanteur, l’auditeur et le lien qui les unit
- Pourquoi chanter une phrase dix fois
- Enregistrer une salle qui répond
Transcription
Cliquez sur une heure pour commencer la lecture à ce moment-là.
- 0:00
OdileIci The Long Vowel. Je m’appelle Odile Marchetti.
- 0:04
TeodorMoi, c’est Teodor Halvorsen. Notre invité travaille dans l’ombre de la musique : Bassel Kanaan, ingénieur de son à Amman. Bassel, c’est quoi, ton mot?
- 0:13
Basseltarab. C’est ce que la musique nous fait ressentir quand elle nous touche vraiment. De la joie, mais plus profonde. Une sorte d’envoûtement.
- 0:22
OdileC’est la musique ou le sentiment?
- 0:25
BasselLes deux. On dit d’un chanteur que c’est un mutrib, celui qui fait naître le tarab. Et il y a même un genre de musique qu’on appelle tarab : les longues chansons d’autrefois.
- 0:36
TeodorDe l’extérieur, ça ressemble à quoi?
- 0:39
BasselLes gens ferment les yeux. Ils se penchent vers l’avant. Quelqu’un lance « Allah » ou « Ya salam » au milieu d’une phrase musicale. Dans un concert de musique classique en Europe, ce serait impoli. Chez nous, c’est signe que ça marche.
- 0:54
OdileDonc, le public fait partie de l’expérience.
- 0:57
BasselLe public en fait la moitié. Le chanteur reprend une phrase parce que la salle le lui demande. Dix fois, peut-être, et chaque fois un peu différemment. La chanson s’allonge parce que les gens veulent rester plongés dedans.
- 1:11
TeodorEst-ce que tout le monde peut ressentir le tarab?
- 1:14
BasselTout le monde peut le ressentir, mais il y a des gens qui savent quand ça s’en vient. On les appelle sammi'a, ceux qui savent bien écouter. Ils entendent le tournant de la mélodie une seconde à l’avance, ils réagissent, et le chanteur sent leur réaction. Ça tourne en boucle.
- 1:31
OdileComme une conversation.
- 1:33
BasselExactement, une conversation. Parfois, sans aucun mot.
- 1:39
TeodorEt toi, tu es au fond, à la console de mixage.
- 1:43
BasselOui, et mon travail est un peu particulier. Pour le tarab, je ne dois pas chercher à rendre le son parfait. Si j’élimine le bruit du public, j’élimine le tarab. Alors je laisse les voix : les applaudissements au mauvais moment, les cris. C’est ça, l’enregistrement.
- 1:59
OdileBassel Kanaan, merci.
- 2:01
TeodorC’était tarab. La prochaine fois, un mot coréen pour parler de l’art de décoder l’ambiance d’une pièce.
Dans cet épisode
Bassel Kanaan
Sonorisateur de concert, AmmanBassel mixe le son de concerts en direct à Amman et les enregistre en conservant le son du public.Odile Marchetti
Animatrice et traductrice de sous-titres, LyonOdile rédige des sous-titres pour le cinéma et la télévision et tient un carnet des répliques qui ne tiennent jamais à l’écran.Teodor Halvorsen
Monteur sonore et animateur, BergenTeodor fait le montage sonore de documentaires et d’émissions de radio, et enregistre le silence de chaque pièce avant l’arrivée de l’invité.