tsundoku : la pile de livres que vous comptez lire
Kosuke Nakabori vend des livres d’occasion à Tokyo. Tsundoku : acheter des livres et les laisser s’empiler, une liste d’espoirs.
Avec Kosuke Nakabori · Libraire de livres d’occasion, Tokyo
L’audio de cet épisode est en anglais; la page est traduite.
Notes de l’épisode
tsundoku s’écrit 積ん読 : « empiler », un petit ん, puis « lire ». À l’origine, c’était un jeu de mots sur tsunde oku, qui signifie empiler quelque chose et le laisser là, et la plaisanterie lui a survécu.
Kosuke Nakabori rachète des tours entières de livres non lus lorsque leurs propriétaires déménagent, parfois avec le reçu encore glissé à la page douze. Il ne trouve pas ça triste.
Dans cet épisode
- Le jeu de mots caché dans le mot
- Ce qu’un bouquiniste apprend d’une pile
- La culpabilité, l’habitude et le fait d’avoir un mot pour ça
Transcription
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TeodorC’est The Long Vowel. Je suis Teodor Halvorsen.
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OdileJe suis Odile Marchetti, et j’ai un aveu qui colle au mot d’aujourd’hui.
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TeodorNotre invité est Kosuke Nakabori, qui vend des livres d’occasion à Jinbocho, le quartier des librairies de Tokyo. Kosuke, c’est quoi, le mot?
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Kosuketsundoku. Ça s’écrit avec trois caractères : empiler, un petit n et lire.
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OdileDonc, lire en empilant.
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KosukeOui. C’est acheter des livres et les laisser s’empiler sans les lire. Pas un seul livre. Toute une tour.
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TeodorC’est un mot sérieux?
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KosukeAu départ, c’était une blague. Il y a l’expression tsunde oku, qui veut dire empiler quelque chose et le laisser là. Quelqu’un a remplacé la dernière partie par doku, qui veut dire lire. Ça sonne presque pareil. C’est donc un jeu de mots qui est devenu un mot.
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OdileElle date de quand, cette blague?
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KosukeDe plus de cent ans. Ça remonte à l’ère Meiji. Les gens ont toujours acheté plus de livres qu’ils ne pouvaient en lire.
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TeodorTu vends les livres. Est-ce que tsundoku est bon pour toi?
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KosukeTrès bon. Mais je rachète aussi les piles. Quand quelqu’un déménage, je reçois un appel. Quarante livres, le dos encore raide. Dans certains, il y a le reçu qui sert de signet, à la page douze.
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OdileC’est douloureux.
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KosukeJe ne trouve pas ça triste. Chaque livre était un projet. Quelqu’un s’est dit : un jour, je serai la personne qui lira ça. La pile, c’est une liste d’espoirs.
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TeodorAu Japon, est-ce que les gens se sentent coupables?
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KosukeUn peu. Mais le mot aide. Quand il y a un nom pour ça, c’est une habitude, pas un échec. Mes clients disent : « Je fais du tsundoku », et ils rient.
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OdileMa pile est à côté du lit. Onze livres.
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KosukeC’est un petit tsundoku. Viens à Jinbocho; on va arranger ça.
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TeodorKosuke Nakabori, merci.
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OdileC’était tsundoku. La prochaine fois, un mot arabe qui n’existe qu’avec la musique.
Dans cet épisode
Kosuke Nakabori
Libraire de livres d’occasion, TokyoKosuke tient une petite librairie de livres d’occasion à Jinbocho, le quartier des librairies de Tokyo, et rachète des bibliothèques entières quand les gens déménagent.Odile Marchetti
Animatrice et traductrice de sous-titres, LyonOdile rédige des sous-titres pour le cinéma et la télévision et tient un carnet des répliques qui ne tiennent jamais à l’écran.Teodor Halvorsen
Monteur sonore et animateur, BergenTeodor fait le montage sonore de documentaires et d’émissions de radio, et enregistre le silence de chaque pièce avant l’arrivée de l’invité.